Une enquête en cours sur la dame de Saint-Just – 6
À l’occasion des 5 ans de la découverte du sarcophage de la dame de Saint-Just : un feuilleton composé à partir des textes rédigés à l’occasion de l’exposition que le Musée archéologique départemental de Saint-Bertrand-de-Comminges lui a consacré en 2023.
Épisode 6 : La restitution 3D du sarcophage
Les apports de la 3D à l'enquête archéologique
L’enquête archéologique de terrain démonte de manière précise l’ensemble des vestiges pour observer leur agencement. Cette méthode, qui s’apparente à la dissection, rend possible la compréhension des processus ayant formé les vestiges archéologiques :
- La dégradation naturelle des matériaux, qui implique la disparition de certains éléments et le mouvement de certains autres
- Les perturbations par les actions humaines, volontaires ou non
- Les différentes étapes et les gestes ayant formé la structure qui est l’objet de l’enquête.
La structure archéologique est donc un volume que le chercheur démonte pièce par pièce, en enregistrant précisément leur position en 3D.
Une maquette numérique 3D de l’ensemble des éléments archéologiques peut alors être réalisée grâce à des outils informatiques adaptés. Celle-ci est une synthèse géométrique des vestiges et permet d’analyser l’agencement des éléments et de formuler des hypothèses de reconstitution qui illustrent les résultats de la recherche sous forme graphique.
Reconstituer la sépulture
La sépulture 770 présente un état exceptionnel de conservation en raison de l’espace vide préservé, mais plusieurs parties en matériaux organiques ont disparu. Plusieurs indices permettent cependant de proposer la restitution de certains d’entre eux : les clous, l’étude ostéologique et finalement les traces de tissu sur la tête des clous.
Les 29 clous en fer témoignent d’abord de la présence d’un cercueil en bois aujourd’hui disparu. Leur position et l’orientation de leur pointe montrent l’assemblage de deux grandes planches latérales enserrant une planche de fond et les planches des petits côtés.
Le saviez-vous ?
Selon cette proposition, certains clous devraient se trouver au niveau du côté nord également. Or, il n’a pas été retrouvé de clous à cet endroit. Cette absence ne s’explique pas par une différence de mode d’assemblage des différents côtés, mais plutôt parce qu’ils n’ont pas été conservés ! L’étude taphonomique a en effet montré que le corps de la jeune femme a glissé vers le nord lors de sa décomposition : c’est certainement ce glissement qui explique que les clous du côté nord n’aient pas été conservés non plus.
Les clous en 3D sont répartis en trois groupes :
- Ceux qui sont à la périphérie du squelette, en dessous de lui ou à la même altitude
- Ceux qui sont au-dessus du squelette et en position centrale
- Un clou en position centrale et sous le squelette.
La présence des clous au-dessus du squelette implique la fermeture du cercueil par un couvercle en bois.
Ce groupe de clou présente la particularité d’avoir la tête orientée vers le bas (en position verticale ou oblique). Leur position centrale évoque un assemblage de plusieurs planches de couvercle, par exemple sous forme de bâtière. Cette forme rappelle d’ailleurs celle du couvercle en marbre du sarcophage.
Les traces de tissu sur la tête de certains clous ont identifié deux trames différentes de tissus. Les clous présentant ces traces sont tous placés au centre du sarcophage, au-dessus du squelette : il s’agit donc des clous d’assemblage du couvercle.
Le cercueil, après avoir été déposé dans le sarcophage, a donc été recouvert par deux étoffes différentes à l’est et à l’ouest. Les clous latéraux présents au sud du sarcophage n’ont pas conservé de traces de tissu : on suppose donc que les tissus étaient déposés de manière lâche sur les côtés puisqu’il n’y avait pas de contact direct entre les clous latéraux et les tissus.
L'étude ostéologique permet de restituer la position initiale du corps de la défunte, allongée sur le dos, les bras le long du corps. Et l’analyse fine de l’amas de gypse présent sur les membres inférieurs de l’individu a conduit à proposer la disposition d’un tissu plâtré sur les jambes de la défunte, formant un drap figé, comme pétrifié.
Des interrogations demeurent
Plusieurs questions restent en suspens sur la fonction de certains clous et donc la restitution du cercueil :
- Celle de certains clous latéraux : deux clous ont été retrouvés la pointe vers l’extérieur du cercueil et sont en vis-à-vis de deux séries de trois clous dont les pointes sont orientées vers l’intérieur du cercueil. Ces deux séries invitent à restituer, à l’intérieur du cercueil, des chevrons permettant de reposer le couvercle. Cependant, que faire des deux clous orientés vers l’extérieur ? Fixent-ils le couvercle au coffre du cercueil ? Sont-ils les témoins de poignées en bois ?
- Celle de quelques clous de couvercle, découverts dans l’angle sud-ouest : font-ils partie de la structure de l’ensemble ? Permettaient-ils de fixer un décor sur le couvercle ?
- Celle d’un clou en position centrale, la pointe orientée vers le bas, retrouvé sous le squelette et l’amas de gypse. Il semble indiquer un assemblage sur la planche de fond, mais de quel type ? Existait-il des pièces transverses permettant de surélever le cercueil afin d’en faciliter le dépôt dans le sarcophage ?