Une enquête en cours sur la dame de Saint-Just – 1
À l’occasion des 5 ans de la découverte du sarcophage de la dame de Saint-Just : un feuilleton composé à partir des textes rédigés à l’occasion de l’exposition que le Musée archéologique départemental de Saint-Bertrand-de-Comminges lui a consacré en 2023.
Épisode 1 : La découverte et la fouille d’un sarcophage sur le site de Saint-Just
Depuis 2016, le programme de recherches archéologiques dirigé par William Van Andringa (EPHE-PSL) s'intéresse au territoire de Saint-Bertrand-de-Comminges et Valcabrère et à la multitude de traces laissées par la population qui l'a occupé, dans le cadre de la fondation d'une ville romaine, retournée aux champs au haut Moyen Âge.
Ce programme de recherche a notamment découvert le site de Saint-Just qui a révélé un pôle de peuplement du 1er siècle avant notre ère jusqu'à nos jours. À partir du 3ème siècle, ce site connaît une activité funéraire très importante : une nécropole d'un genre nouveau y est installée et continue d'être utilisée comme cimetière jusqu'au 9ème siècle, avant la construction de l'église romane et la formation du cimetière paroissial de Saint-Just de Valcabrère.
C'est dans ce contexte que la campagne de fouille archéologique de 2021 a mis au jour une tombe exceptionnelle composée d'un sarcophage taillé dans un seul bloc de marbre, datant du 5ème ou 6ème siècle.
Cette découverte est inédite puisque, bien que des empreintes de sarcophages aient déjà été observées, ceux-ci ont été systématiquement récupérés au moyen-âge pour réutiliser leurs matériaux.
Ce sarcophage, identifié comme la sépulture SP 770, a cependant été retrouvé encore fermé presque hermétiquement et n’avait jamais été ouvert avant sa découverte. Cela a garanti la préservation d’un espace vide à l’intérieur du sarcophage qui a permis une excellente conservation de son contenu.
Cette découverte exceptionnelle a alors suscité un protocole de fouille et d’enregistrement nouveaux pour le site de Saint-Just.
La découverte et l'ouverture du sarcophage
Le protocole de fouille adapté a répondu à deux difficultés majeures :
- Le poids du sarcophage et de son couvercle
- Le risque de pollution de l’intérieur du sarcophage
Ce dernier élément aurait nécessité une fouille en laboratoire, pour pouvoir l’ouvrir dans un environnement contrôlé, malheureusement le déplacement du sarcophage a été rendu impossible par son poids. La solution à ce problème a été de fouiller l’intérieur du sarcophage sur place, en amenant le laboratoire et un environnement contrôlé sur le terrain. Un sondage a alors été implanté au nord du sarcophage pour dégager un pan de la cuve et permettre un accès direct à la sépulture.
Le saviez-vous ?
Ce sondage a également permis d’ouvrir le sarcophage. Cette ouverture a été possible grâce à la pelle mécanique en raison du poids du couvercle, avoisinant la tonne. Il a fallu prendre en compte la sécurité des intervenants et les risques de pollution de l’intérieur du sarcophage par des sédiments ou pollens extérieurs. L’ouverture a tout de même pu avoir lieu en public !
L’ouverture du sarcophage a finalement révélé très peu de sédiment infiltré dans la sépulture. Du bois, du tissu et les restes minéralisés d’un bouquet de fleurs, conservés grâce à l’espace vide offert par l’absence d’infiltration de sédiment, ont ainsi été observés dès l’ouverture du couvercle.
La fouille et l’enregistrement du contenu
Après l’ouverture, il s’est agi d’observer et d’identifier tous les éléments présents à l’intérieur de la cuve du sarcophage. À ces fins, tous les éléments ont été renseignés en « Unités stratigraphiques » (US).
Le saviez-vous?
L'enregistrement archéologique s'appuie sur un système où chaque geste passé est renseigné comme une unité stratigraphique. Le but de cet enregistrement est de pouvoir retrouver ensuite des séquences gestuelles. Ici par exemple, les gestes funéraires réalisés lors de l’inhumation et l’ordre dans lequel ils ont été effectués
Un protocole d’enregistrement très lourd a été mis en place pour ne perdre aucune information lors du prélèvement des différents éléments constituant la sépulture.
Ce protocole s’appuie essentiellement sur des photographies et photogrammétries, réalisées à chaque étape du démontage de la sépulture. Un enregistrement manuel a également été réalisé.
Retrouver la gestuelle funéraire et l’histoire de la tombe
L’analyse stratigraphique des différents éléments de la sépulture permettent de restituer une première ébauche de l’histoire de la tombe à l’issue de la fouille.
Le plus évident est que l’on a commencé par creuser une fosse assez profonde, de largeur adaptée à la taille du sarcophage et déposer la cuve du sarcophage au fond de la fosse.
Mais l’enquête se complexifie à l’observation des différents éléments retrouvés dans la cuve. Si l’on a pu observer immédiatement un squelette, celui-ci était accompagné d’artefacts qui suggèrent un aménagement plus complexe de la tombe : de nombreux clous, tout d’abord, portant des traces de bois minéralisés et sur la tête de quelques-uns, ont été identifiées des traces de tissus minéralisés. Ces clous attestent la présence d’un cercueil en bois cloué entouré d’un textile, dans lequel se trouvait l’individu.
Des brindilles minéralisées situées au-dessus du bras gauche du squelette démontrent la présence d’un bouquet de fleur accompagnant l’individu.
Au-dessus du corps de la jeune femme, se trouvaient finalement des traces de ce qui a pu être identifié comme du gypse, une sorte de plâtre. Celui-ci a permis la conservation de plis de tissu, prélevé en un seul bloc pour une fouille en laboratoire. Ce bloc a d’abord été interprété comme un sac en tissu, mais les analyses ont permis d’en apprendre plus sur les modalités de dépôt du gypse et de modifier les interprétations faites sur le terrain.
Finalement, le sarcophage a été refermé par un couvercle à quatre pans en marbre et la fosse d’installation comblée. C’est probablement lors de ce comblement que le peu de sédiment observé s’est infiltré à l’intérieur de la cuve.